Dimitri Terzakis: Baudelaire-Zyklus,
für Sprecher und Ensemble (Brigitte Fassbaender gewidmet),
recording of the concert from the 2.11.2013 with the Ensemble Courage
Sprecher: Tobias Schlierf
Flöte: Sascha Friedl
Oboe: Antje Thierbach
Klarinette: Georg Wettin
Violine: Uta-Maria Lempert
Celesta: Frank Gutschmidt
Percussion: Ulrich Grafe
Dirigent: Martin Braun
Fleurs du mal / Flowers of Evil
Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire,
Que diras-tu, mon coeur, coeur autrefois flétri,
À la très belle, à la très bonne, à la très chère,
Dont le regard divin t’a soudain refleuri?
— Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges:
Rien ne vaut la douceur de son autorité
Sa chair spirituelle a le parfum des Anges
Et son oeil nous revêt d’un habit de clarté.
Que ce soit dans la nuit et dans la solitude
Que ce soit dans la rue et dans la multitude
Son fantôme dans l’air danse comme un flambeau.
Le Tonneau de la Haine (05:55)
La Haine est le tonneau des pâles Danaïdes;
La Vengeance éperdue aux bras rouges et forts
À beau précipiter dans ses ténèbres vides
De grands seaux pleins du sang et des larmes des morts,
Le Démon fait des trous secrets à ces abîmes,
Par où fuiraient mille ans de sueurs et d’efforts,
Quand même elle saurait ranimer ses victimes,
Et pour les pressurer ressusciter leurs corps.
La Haine est un ivrogne au fond d’une taverne,
Qui sent toujours la soif naître de la liqueur
Et se multiplier comme l’hydre de Lerne.
Harmonie du soir (09:14)
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!
À Celle qui est trop gaie (13:19)
Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.
Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l’esprit des poètes
L’image d’un ballet de fleurs.
Ces robes folles sont l’emblème
De ton esprit bariolé;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t’aime!
Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J’ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein,
Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j’ai puni sur une fleur
L’insolence de la Nature.
Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l’heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,
Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,
Et, vertigineuse douceur!
What will you say tonight, poor solitary soul,
What will you say, my heart, heart once so withered,
To the kindest, dearest, the fairest of women,
Whose divine glance suddenly revived you?
— We shall try our pride in singing her praises:
There is nothing sweeter than to do her bidding;
Her spiritual flesh has the fragrance of Angels,
And when she looks upon us we are clothed with light.
Be it in the darkness of night, in solitude,
Or in the city street among the multitude,
Her image in the air dances like a torch flame.
Hatred’s Cask (05:55)
Hatred is the cask of the pale Danaides;
Bewildered Vengeance with arms red and strong
Vainly pours into its empty darkness
Great pailfuls of the blood and the tears of the dead;
The Demon makes secret holes in this abyss,
Whence would escape a thousand years of sweat and strain,
Even if she could revive her victims,
Could restore their bodies, to squeeze them dry once more.
Hatred is a drunkard in a tavern,
Who feels his thirst grow greater with each drink
And multiply itself like the Lernaean hydra.
Evening Harmony (09:14)
The season is at hand when swaying on its stem
Every flower exhales perfume like a censer;
Sounds and perfumes turn in the evening air;
Melancholy waltz and languid vertigo!
Every flower exhales perfume like a censer;
The violin quivers like a tormented heart;
Melancholy waltz and languid vertigo!
The sky is sad and beautiful like an immense altar.
The violin quivers like a tormented heart,
A tender heart, that hates the vast, black void!
The sky is sad and beautiful like an immense altar;
The sun has drowned in his blood which congeals…
A tender heart that hates the vast, black void
Gathers up every shred of the luminous past!
The sun has drowned in his blood which congeals…
Your memory in me glitters like a monstrance!
To One Who Is Too Gay (13:19)
Your head, your bearing, your gestures
Are fair as a fair countryside;
Laughter plays on your face
Like a cool wind in a clear sky.
The touches of sonorous color
That you scatter on your dresses
Cast into the minds of poets
The image of a flower dance.
Those crazy frocks are the emblem
Of your multi-colored nature;
Mad woman whom I’m mad about,
I hate and love you equally!
At times in a lovely garden
Where I dragged my atony,
I have felt the sun tear my breast,
As though it were in mockery;
Both the springtime and its verdure
So mortified my heart
That I punished a flower
For the insolence of Nature.
Thus I should like, some night,
When the hour for pleasure sounds,
To creep softly, like a coward,
Toward the treasures of your body,
To whip your joyous flesh
And bruise your pardoned breast,
To make in your astonished flank
A wide and gaping wound,
And, intoxicating sweetness!
— William Aggeler, The Flowers of Evil
(Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)

